Intervention de Chantal FINCK à propos de la fermeture des écoles Bonsecours et Donzelot
Monsieur le maire, chers collègues,
Voilà une annonce que vous vous étiez bien gardé de présenter aux Nancéiens avant votre élection du 30 mars dernier. Vous souhaitez donc, et ce, dès la rentrée 2015, fermer deux écoles de notre ville, décision, vous l’admettrez, ô combien symbolique, surtout dans une ville comme Nancy, si attachée aux valeurs républicaines.
Pour autant, je ne souhaite pas réduire le débat à ce seul enjeu. Sur un ensemble de points, vous avez géré ce dossier d’une manière qui nous pose questions. Il pose surtout des problèmes aux parents et des questions aux enseignants qui assistent cet après-midi à cette réunion du conseil municipal.
Le premier des écueils, que vous n’avez pas su éviter, est la méthode qui a été employée dans la conduite de ce dossier. Vous aviez pourtant au début de votre mandat indiqué que vous souhaitiez conduire les affaires de la ville autrement, en étant plus à l’écoute des citoyens. C’était d’ailleurs ce qui avait conduit à lancer ces fameux Etats généraux. A l’épreuve des réalités, ce beau discours n’a malheureusement pas tenu bien longtemps.
En effet, comment expliquer que les parents d’élèves et les enseignants n’aient été avertis officiellement que courant novembre de la décision que votre majorité et vos services avaient déjà prises en amont ? La concertation, ou même mieux, la co-construction d’un tel projet, ne se fait pas de manière unilatérale. Il ne peut seulement être question d’aller au-devant des principaux concernés, pour seulement leur présenter ses modalités de mise en œuvre.
La concertation ce n’est pas, et pour forcer un peu le trait, laisser le choix aux parents d’élèves, de la couleur des murs, et aux enseignants, celui de la couleur des rideaux des salles de classe.
Il aurait été utile, une fois le premier diagnostic du patrimoine scolaire réalisé, d’aller à la rencontre des parents d’élèves, des enseignants, d’envisager avec eux les différentes options possibles, de prévoir avec eux un calendrier de travaux, voire un calendrier de fermeture. Bref, de ne pas les mettre devant le fait accompli.
L’autre difficulté réside dans les conditions d’accueil des élèves dans leurs nouveaux établissements, à savoir St Pierre et le Placieux. Pour permettre l’ouverture de ces nouvelles classes dès septembre 2015, vous allez lancer une première phase de travaux au cours du prochain semestre. Les travaux sont indispensables tant en l’état actuel des choses il n’est pas matériellement possible d’accueillir ces nouveaux élèves. J’en veux pour preuve l’urgence dans laquelle vous avez souhaité travailler ce projet.
Vous vantez par ailleurs, pour justifier à posteriori les deux fermetures envisagées, les importants travaux qui seront engagés sur 2015-2017 à St Pierre et sur 2017-2019 au Placieux. Pourquoi avoir agi dans une telle précipitation ? Pourquoi ne pas avoir attendu que ces travaux soient réalisés avant de fermer Bonsecours et Donzelot ?
-Cela aurait d’ailleurs permis un rapprochement intelligent entre les différentes équipes pédagogiques, sur un temps un peu plus long. De quoi préparer cette transition en douceur.
-Cela aurait également permis aux élèves d’arriver dans des établissements remis au goût du jour, leur garantissant les meilleures conditions d’enseignement.
-Cela aurait permis aussi de réfléchir aux moyens de faciliter les déplacements des familles et des élèves entre ces sites.
Concernant l’argument pédagogique, que vous utilisez également pour justifier de cette décision, il semble faible pour l’heure. La création de deux nouvelles écoles bilingues est en effet un processus que vous ne maîtrisez pas parce qu’il revient à l’Education nationale de décider de la création de tels parcours pédagogiques. D’ailleurs, le calendrier que vous avancez est pour l’heure relativement flou.
De même, vous dites que ces rapprochements d’écoles seront l’occasion d’un plus grand brassage de populations, garant d’une meilleure mixité sociale, mais c’est un peu vite oublier que les publics scolarisés à Bonsecours et à Donzelot sont les mêmes qu’à St Pierre ou au Placieux. Il n’y a donc rien à attendre de ce côté-là au travers de la mesure que vous défendez.
En fait, seul l’argument financier semble guider vos pas, c’est en tout cas celui que vous mettez le plus souvent en avant. En somme, il nous faut faire des économies de fonctionnement et d’investissement, fermons donc deux écoles.
Mais là non plus, je ne peux pas laisser croire que vous seriez le vertueux et nous les dépensiers, car il est des sujets comme ceux-là qui méritent d’avoir une autre boussole que celle qui guide les financiers. C’est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de fermer des services publics structurants, dans des quartiers populaires.
Fermer deux écoles, dans des quartiers déjà fragilisés, parfois excentrés, c’est aussi faire peu de cas du rôle que détient une commune en terme d’aménagement de son territoire communal. Les compensations envisagées, pour occuper les locaux vacants de Bonsecours et de Donzelot, semblent bien faibles au regard des enjeux et des dynamiques de ces deux quartiers.
A ce titre monsieur le maire, et je pense que vous ne m’en voudrez pas, j’ai relu avec attention votre discours d’intronisation à la mairie le 6 avril dernier. Vous disiez alors et je vous cite :
« Je voudrais dire notamment à celles et ceux qui habitent des quartiers populaires comme Bonsecours, René II, comme Haussonville, comme le Haut du Lièvre, et qui nous ont permis de l’emporter dans ces territoires, que nous ne les décevrons pas. »
Je pense que tout le monde ici, et nous les premiers, aurions pu entendre ou soutenir un tel projet, si tous les acteurs avaient été associés plus en amont, si le calendrier avait été autre. Cela aurait d’ailleurs pu permettre de mieux travailler sur la reconversion de ces bâtiments, autrement que par des projets lancés à la va-vite.
Nous pouvons tous entendre qu’il faille à certains moments faire des choix difficiles, encore faudrait-il que vous preniez le soin, à votre tour, d’écouter et d’entendre ce que vous disent vos concitoyens.